En passant devant une boulangerie, je suis parfois pris d'une frénésie incontrôlable. La vue d'un croissant au beurre bien frais, bien beurré, pas trop cuit... ou pire, la vue d'un "drops" aux pépites de chocolat ou d'un pain aux pistaches (oui, c'est rare, mais ça existe).

Mais nous sommes différents devant la tentation : certains craquent pour l'odeur (qui est souvent le fait d'un diffuseur artificiel prévu pour appâter les nez sensibles), d'autres pour la profusion de viennoiseries en vitrine (effet buffet), mais surtout nous avons tous LA pâtisserie ou viennoiserie qui nous fait craquer.

Une religieuse au chocolat a pour moi un sex-appeal qui n'a plus rien de catholique. Des macarons vanille ou pistaches me transforment en Pac-Man qui rêve d'avaler toutes ces succulentes petites pastilles (même si je récolte un pur bonus en calories, mais à ce moment-là, je n'y pense pas !!!).

Le phénomène ne s'arrête pas à la boulangerie... Dans une charcuterie, les saucissons et jambons qui pendent lascivement du plafond sont autant de perches tendues à la gourmandise. Et que dire des poulets qui tournent doucement, exposant tous leurs flancs tendres et gourmands à nos zyeux z‘hallucinés, tout en parfumant délicatement de leurs savoureux arômes les pommes de terre qui grillent gentiment en-dessous ?

Mais qu'est-ce qui nous fait craquer ? Pourquoi franchissons-nous le pas du rêve suggéré à l'achat, et par là-même le pas de porte du marchand ?

D'abord par instinct : du fin fond des recoins les plus archaïques de notre cerveau reptilien, des signaux montent dès lors que nous pouvons exercer cette fonction vitale qu'est l'approvisionnement en nourriture, donc en énergie. Nos ancêtres salivaient tout autant à la vue d'un bon gros mammouth bien dodu que nous d'un pain au chocolat juste sorti du four. Après, le « coût d'appropriation » d’un mammouth était bien sûr un peu plus élevé (je ne me suis jamais battu contre un pain au chocolat avec une lance, même surgelé).

Ensuite par réflexe pavlovien : gâteau = gratification. Comme des rats de laboratoire, nous avons pris l'habitude de prendre le chemin le plus rapide vers cette gratification (j'achète et je mange) plutôt que la voie la plus longue (je plante du blé, je le récolte, je le réduis en farine, je fais une pâte feuilletée avec le beurre de la vache du pré d’à côté...). La gratification rapide est désormais inscrite dans nos réflexes comme la phobie des araignées ou des serpents (pour ma part, j'ai la phobie du scotch, sûrement une des phobies les plus idiotes qui soient, mais qui a l'avantage de ne pas être trop pénalisante).

Il y a également le côté fusionnel de l'acte alimentaire. Le fait de "faire sien" quelque chose de beau, d'appétissant, de s'enrichir de quelques molécules de douceur et de saveur. « On est ce que l'on mange » et on a envie d'être ce qui nous fait envie.

Mais le plus important est bien sûr... le plaisir !!! [fond musical : "Pour le plaisir" d'Herbert Léonard] En voyant un macaron, j'imagine le premier contact avec ses formes rondes et douces, puis son doux parfum m'envahit les narines au fur et à mesure que mes lèvres s'en approchent. Mes dents prennent contact, s'enfonçant doucement dans sa carapace avec un léger crissement à peine perceptible, puis atteignent une texture de plus en plus tendre, pour arriver au cœur du macaron, à sa substantifique moelle, à la crème douce, grasse et sucrée, à la pistache ou à la vanille, point d'orgue de ce voyage dans la texture et les arômes, orgasme final avant la phase de mastication.


Ce merveilleux objet du désir...


Les mâchoires prennent alors leur rythme, leur doux va-et-vient crée l'harmonie et diffuse les saveurs, alimentant en plaisir tous les capteurs olfactifs et gustatifs jusqu'à l’engloutissement.

L'arrière-goût fait le reste et laisse aux papilles la trace, le souvenir de ces moments inoubliables que le cerveau fixe de manière irrémédiable, telle la madeleine de Proust, l'émotion aidant à renforcer la mémorisation.

Autant vous dire que j'évite de passer trop souvent devant Ladurée, sinon je ne m'en sors pas.

Et vous, qu'est-ce qui vous fait croquer ?